Médecin et Internet au Maroc : ce que permet le code de déontologie (site, Google, Instagram)
Au Maroc, un médecin peut avoir un site, une fiche Google et un compte Instagram, mais pas faire de publicité. Depuis 2021, le code de déontologie fixe noir sur blanc ce que l'on peut publier, et comment.
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· 9 min de lecture

« Ai-je le droit de mettre mes horaires sur Instagram ? Et une photo avant/après ? » Ces questions reviennent souvent quand nous lançons le site d'un cabinet. La réponse tient en une phrase : informer, oui ; faire de la publicité, non.
Le texte de référence est le code de déontologie de la profession médicale, approuvé par le décret n° 2-21-225 du 17 juin 2021 (publié au Bulletin officiel n° 7002 en arabe, puis en traduction française au BO n° 7066 du 17 février 2022). Il remplace un texte de 1953 et consacre plusieurs articles aux sites et réseaux sociaux. Voici ce qu'il dit vraiment, et ce qu'il ne dit pas.
Le texte clé : l'article 26 du décret 2-21-225
Tout le reste découle de cette ligne. Le médecin reste par ailleurs responsable du contenu médical publié, doit respecter la protection des données personnelles et ne peut pas obliger les visiteurs à révéler leur identité (même article).
1. Le principe : information ≠ publicité
Ce que dit le code
L'article 29 rappelle que la médecine ne doit en aucun cas être pratiquée comme un commerce, principe repris à l'article 2 de la loi 131-13 relative à l'exercice de la médecine. L'article 21, qui vise les interventions dans la presse, à la télévision, à la radio « ou sur les réseaux sociaux », précise l'esprit :
- Information générale : conforme aux données scientifiques actualisées, objective et vérifiable.
- Pas d'autopromotion : le médecin doit s'abstenir de se vanter de son expertise et de ses exploits.
- Pas de déclaration publicitaire relative à des examens ou des traitements, ni de faux espoirs.
- Pas de « rabattage » de patients.
Et les annonces ?
L'article 25 autorise des annonces, y compris sur les plateformes électroniques, pour cinq motifs seulement : nouvelle adresse, cessation définitive, absence d'au moins quinze jours, reprise d'activité, changement d'horaires. Leur texte doit être communiqué au préalable au Conseil régional et elles ne peuvent en aucun cas avoir un caractère publicitaire.
2. Ce que le site d'un médecin peut afficher
La liste de l'article 28
C'est l'article le plus utile pour construire un site. Il énumère les informations qu'un site professionnel peut contenir :
| Contenu | Base | Statut |
|---|---|---|
| Nom, prénom, titre de docteur | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Médecine générale ou spécialité inscrite au Tableau de l'Ordre | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Diplômes et établissements qui les ont délivrés, court parcours | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Photo d'identité du médecin, collaborateurs | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Domaines d'activité justifiés par les diplômes, publications | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Informations d'éducation sanitaire claires, objectives et vérifiables | Art. 28 | Prévu par le texte |
| Adresse, téléphone, horaires, plan d'accès | Non cités à l'art. 28 | Usuels, à vérifier auprès du Conseil régional |
| Prise de rendez-vous en ligne | Non citée | À vérifier auprès du Conseil régional |
| Tarifs | Affichage obligatoire au cabinet (loi 131-13, art. 46) | En ligne : à vérifier ; jamais de « réduction » (art. 57) |
L'article 28 ne cite ni l'adresse, ni les horaires, ni la prise de rendez-vous. Ces informations pratiques figurent sur la plupart des sites de cabinets, mais faute de mention expresse, faites valider la page « Contact » par votre Conseil régional.
Le nom du site : un piège SEO
L'article 27 impose que la dénomination de tout site professionnel comprenne le nom du médecin (ou d'une association médicale légalement constituée). Un nom générique de spécialité ou un pseudonyme est interdit. Concrètement, un domaine du type « dentiste-agadir » ou « meilleur-cardiologue-rabat » est à exclure ; préférez « dr-nom-prenom ». Les sites non conformes doivent être corrigés ou supprimés dans un délai fixé par le Conseil national.
3. Plutôt autorisé / à éviter : le tableau récapitulatif
| Plutôt autorisé | À éviter |
|---|---|
| Présenter son identité, sa spécialité, ses diplômes (art. 28) | Se présenter comme « le meilleur », « n° 1 », « expert reconnu » (art. 21) |
| Articles d'éducation sanitaire objectifs et sourcés (art. 21, 28) | Promettre un résultat ou présenter un traitement comme miraculeux (art. 21) |
| Annoncer un déménagement ou de nouveaux horaires, texte communiqué au Conseil régional (art. 25) | Offres promotionnelles, « consultation à -30 % » (art. 57) |
| Nom de site comportant votre nom (art. 27) | Nom de domaine générique de spécialité (art. 27) |
| Photo d'identité du médecin (art. 28) | Photos de patients, avant/après : secret professionnel (art. 11), risque élevé |
| Fiche Google à jour avec informations pratiques (à valider) | Témoignages mis en avant, avis sollicités ou achetés (non cité expressément, mais contraire aux art. 21 et 26) |
| — | Liens vers des sites commerciaux (art. 26) |

4. Google Business Profile et avis patients
Le code ne mentionne ni Google ni les avis en ligne. Par prudence, appliquez à votre fiche Google la même logique qu'au site.
- Nom exact du médecin, spécialité inscrite, adresse, téléphone, horaires à jour.
- Photos sobres de l'entrée et de la salle d'attente, sans patients.
- Réponses aux avis courtes, polies et générales.
- Ne jamais confirmer dans une réponse qu'une personne est votre patient ni évoquer son traitement : c'est le secret professionnel (art. 11).
- Ne pas solliciter d'avis en échange d'un avantage, ni publier de faux avis.
- Pas de catégorie ou de nom de fiche « optimisé » avec des mots-clés (« Meilleur dentiste Agadir »).
5. Instagram, Facebook, TikTok : éduquer sans se promouvoir
Le contenu éducatif
L'article 21 vise expressément les émissions « sur les réseaux sociaux ». Une vidéo qui explique, sources à l'appui, comment reconnaître une otite est dans l'esprit du texte ; une vidéo « mes résultats » ou « réservez vite » ne l'est pas.
Photos de patients et consentement
Le code ne traite pas spécifiquement des photos de patients, mais le secret professionnel (art. 11) s'applique, et l'article 26 renvoie à la protection des données personnelles. Même anonymisée et avec accord écrit, une image de patient reste risquée car elle peut être perçue comme publicitaire : à vérifier auprès du Conseil régional de l'Ordre.
Les données
Formulaire de contact, prise de rendez-vous, chatbot : dès que vous collectez des données de santé, la loi 09-08 et la CNDP s'appliquent. La CNDP a publié en novembre 2025 un modèle de demande d'autorisation pour les traitements de suivi des patients (délibération D-941-2025). Collectez le strict minimum.
6. Et les chirurgiens-dentistes ?
Les dentistes ne relèvent pas du décret 2-21-225. Leur code de déontologie a été rendu applicable par le décret n° 2-96-989 du 5 janvier 1999 (BO n° 4662). Il interdit « tous procédés directs ou indirects de réclame ou de publicité » (art. 11) et toute publicité ou réclame personnelle (art. 19), et limite les mentions sur les imprimés professionnels (art. 12) et la plaque (art. 13). En revanche, il ne mentionne pas Internet. Pour un site ou un compte Instagram, appliquez la même logique d'information et consultez l'Ordre national des médecins dentistes.
Un site de cabinet sobre, conforme et facile à trouver ?
Parler de votre projetConclusion
Le code de 2021 n'interdit pas Internet aux médecins : il l'encadre. Un site à votre nom, qui présente vos qualifications et publie des contenus éducatifs vérifiables, est dans les clous. Ce qui pose problème, c'est la logique commerciale. Pour tout ce que le texte ne cite pas, demandez au Conseil régional.
Avant de publier, posez-vous une seule question : est-ce que j'informe, ou est-ce que je fais ma promotion ?
Encadrés pratiques
Checklist conformité avant mise en ligne
- Nom de domaine et nom du site comprenant votre nom, sans terme générique de spécialité (art. 27).
- Contenu limité à l'identité, la spécialité inscrite, les diplômes, la photo d'identité, les domaines justifiés, les publications (art. 28).
- Articles éducatifs relus : objectifs, sourcés, sans promesse de résultat (art. 21, 28).
- Aucun superlatif, témoignage, avant/après ni offre promotionnelle (art. 21, 57).
- Aucun lien vers un site commercial (art. 26).
- Formulaires minimaux, mentions de protection des données, démarches CNDP vérifiées (loi 09-08).
- Conseil régional de l'Ordre informé de la création du site et des pages sociales (art. 26).
Budget indicatif
| Prestation TechStride | À partir de |
|---|---|
| Logo | 2 000 MAD |
| Identité visuelle | 5 000 MAD |
| Site vitrine de cabinet | 7 000 MAD |
| Site avec réservation | 12 000 MAD |
Pour un cabinet, un site vitrine sobre suffit souvent.
Sources
- Décret n° 2-21-225 approuvant le code de déontologie de la profession médicale — BO n° 7066 (traduction française), via le CNOM, 17 février 2022
- مرسوم رقم 2.21.225 يتعلق بمدونة أخلاقيات مهنة الطب — Bulletin officiel n° 7002 (version arabe), portail Adala, 8 juillet 2021
- Loi n° 131-13 relative à l'exercice de la médecine — dahir n° 1-15-26, BO n° 6344, portail Adala, 19 mars 2015
- Code de déontologie des médecins-dentistes — décret n° 2-96-989, BO n° 4662, ministère de la Santé, 1999
- Avis du CESE sur le projet de loi n° 131-13 — CESE, décembre 2014
- Délibération D-941-2025 (suivi des patients) — CNDP, 28 novembre 2025
- Médecins et réseaux sociaux : un texte pour mettre de l'ordre — Médias24, 31 mai 2021
- Médecins et réseaux sociaux — Doctinews, juin 2021
Résumé
À retenir
- L'article 26 du décret 2-21-225 autorise le site et les réseaux professionnels d'un médecin, à condition d'en informer le Conseil régional et de ne jamais en faire un outil de publicité.
- L'article 28 liste précisément ce qu'un site de médecin peut afficher (identité, spécialité, diplômes, photo, éducation sanitaire) — tarifs et prise de rendez-vous ne sont pas cités, donc à vérifier.
- Les chirurgiens-dentistes relèvent d'un code distinct (décret 2-96-989) qui interdit toute réclame ou publicité mais ne mentionne pas Internet — à clarifier auprès de l'Ordre national des médecins dentistes.
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Un médecin a-t-il le droit d'avoir un site internet au Maroc ?
Oui. Le code de déontologie de la profession médicale (décret n° 2-21-225) encadre expressément le site professionnel du médecin : il doit en informer le Conseil régional de l'Ordre (article 26), porter son nom (article 27) et se limiter à des informations professionnelles et éducatives (article 28). Il ne doit jamais servir de moyen de publicité ou d'attraction des patients.
Faut-il déclarer son site ou sa page Instagram au Conseil régional de l'Ordre ?
L'article 26 du code impose au médecin d'informer le Conseil régional concerné lorsqu'il crée un site internet ou un autre espace numérique à des fins professionnelles sur les réseaux sociaux. Le texte ne précise pas la forme de cette information : demandez la procédure à votre Conseil régional.
Peut-on publier des avis ou des témoignages de patients ?
Le code ne cite pas expressément les témoignages. Mais il interdit de se vanter de son expertise et de ses exploits (article 21) et précise que le site ne doit pas attirer des patients (article 26), sans parler du secret professionnel (article 11). Afficher des témoignages sur son site est donc très risqué : à vérifier auprès du Conseil régional de l'Ordre avant toute publication.
Un médecin peut-il afficher ses tarifs en ligne ?
La loi 131-13 (article 46) oblige le médecin à afficher ses tarifs et son adhésion ou non aux conventions de l'AMO de façon visible dans son cabinet. Le code de déontologie ne traite pas de l'affichage des tarifs sur un site. En revanche, annoncer une réduction d'honoraires pour attirer des patients est interdit (article 57). Pour une mise en ligne, demandez l'avis du Conseil régional.
La publicité sponsorisée (Google Ads, posts sponsorisés Instagram) est-elle permise ?
Le code ne nomme pas ces outils, mais il pose que le site et les espaces numériques du médecin ne doivent pas être un moyen de publicité ou d'attraction des patients (article 26) et interdit toute déclaration à caractère publicitaire sur des examens ou traitements (article 21). Payer pour promouvoir un cabinet auprès du public est donc à proscrire sauf validation écrite du Conseil régional.
Les règles sont-elles les mêmes pour les chirurgiens-dentistes ?
Non, les dentistes relèvent d'un code distinct, rendu applicable par le décret n° 2-96-989 de 1999. Il interdit tout procédé de réclame ou de publicité (articles 11 et 19) mais ne mentionne pas Internet. Un dentiste doit donc vérifier ses projets en ligne auprès de l'Ordre national des médecins dentistes.
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